Techniquement Impossible

Il n’existe rien, mais alors rien, de techniquement impossible, ou bien si, peut-être, d’avoir une chasse d’eau qui ne fuit pas, ou que le papier toilette soit correctement découpé (c’est agaçant ça !), mais non, concrètement, et si on cherche bien, il n’y a rien de techniquement impossible, c’est connu, la technique résout TOUT, connait TOUT, sait TOUT faire, et bien sûr aucun problème pour vous faire une machine de Rube Goldberg pour qu’en plus de vous griller les toasts et de vous caresser le petit doigt, la technique puisse répondre à votre besoin, et aux objectifs correspondant.

Sauf qu’il y a toujours, et forcement quelques problèmes humains, budgétaires, et équipementiers qui peuvent être à l’origine d’un blocage dans une réalisation technique et qui peuvent amener les équipes techniques à vous répondre la phrase terriblement irritante « C’est techniquement impossible ».

Faisons donc un petit tours des paramètres à prendre en compte :

– Est-ce que les équipes réalisatrices ont les compétences ADEQUATES pour réaliser ?

Pour cela il faut donc s’intéresser à l’humain, et accepter d’entendre que « ben non, on l’a recruté mais il ne sait pas encore faire, et s’il doit apprendre, ça prendra plus de temps que s’il savait déjà le faire » (c’est un peu le principe du boulot, en particulier en matière technique : 40% de réalisation 60% de recherche, si vous n’êtes pas prêts à accepter ce ratio, vous êtes techniquement et cérébralement pas équipés pour faire un métier dans la technique –oui franchise- le principe du recrutement, c’est de chercher du terreau, un bon terrain pour apprendre, et non uniquement un bon terrain déjà fertilisé et prêt à l’usage dès le jour 1 et cela ad vitam aeternam, jusqu’à ce que la mort vous sépare.

=> Les gens qui ont terminé de chercher et qui savent tout faire ne sont jamais uniquement et exclusivement des opérationnels (ou bien la vie a été honteusement cruelle) et se retrouvent à des postes de management qui leur permettent de transmettre tout leur savoir à défaut de le mettre exclusivement en oeuvre -ce qu’on appelle la séniorité-.

Parfois, « techniquement impossible » peut vouloir dire « techniquement impossible pour les ressources qu’on a ».

  • Là ne soyez pas stupides : celui qui ne connait pas la capacité de ses ressources et un mauvais gestionnaire.

– Est-ce que les équipes réalisatrices sont disponibles ? Sont-elles disposables à volonté comme des petit lutins dans une mine de poudre ou rentrent-elles parfois dormir, avoir une vie privée, ou partent-elles en vacances ? Existe-t-il aussi d’autres projets ou sujets sur lesquels elles sont allouées et sur lesquels on ne peut les débooker ?

Parce que « machin peut le faire » du verbe POUVOIR comme ETRE CAPABLE DE , ou AVOIR LA COMPETENCE DE ne remplace pas « machin est disponible pour le faire » du groupe verbal  ETRE DISPONIBLE, il faut se mettre dans l’idée que le booking est un art de la gestion des contraintes de disponibilité.  Dans l’optique du client qui veut tout, tout de suite, maintenant, il faut revenir à l’air de la couche culotte : Pour faire caca, soit on attend d’aller au pot, soit on porte une couche qu’il faut être prêt à assumer. 80% du temps le « tout prêt tout de suite » si c’est bien fait : a été judicieusement anticipé, si c’est mal fait : a été réalisé selon la demande dans un temps impartis trop court et avec ce qu’on appelle du QUICK AND DIRTY.

Parfois donc « techniquement impossible » peut vouloir dire « techniquement non viable » ou techniquement irrecevable pour un MCO correcte ».

  • Et là ne soyez pas trop bêtes, ne pas se projeter dans l’avenir c’est être un mauvais gestionnaire.

– Est-ce que le budget pour réaliser est suffisant ? Dans un monde parfait, on rédige des specs AVANT de réaliser. On les valide aussi avant. Cela permet de voir réellement le périmètre d’une réalisation, avec une marge de risque, et donc de déterminer, le plus justement possible le budget à impartir sur ce sujet.

Donc si on a plus de sousous, il faut toujours se poser la question de qui est la poule qui pond des œufs d’or, où qui trouve les arc-en-ciel (qui, comme chacun le sait, renferme à ses pieds des trésors qui sortent de nulle part).

Parfois, répondre donc « techniquement impossible » peut aussi vouloir dire « financièrement impossible ».

  • Et là… Ben rien, je vous réexplique pas le truc du gestionnaire qui sait pas gérer les sousous.

– Est-ce que les équipes réalisatrices ont les moyens matériels et techniques de réaliser ? Parce que la réalisation ne se limite jamais uniquement à l’humain mais bien à l’équipement aussi, il faut se poser la question de la possibilité technique de réaliser. Les équipes rélisatirices ont les bons process, le moyen de récupérer l’encours facilement et techniquement, les logiciels, et matériels pour réaliser, tester, traiter au sens large ?

Alors c’est l’histoire d’un Ingé qui avait un vieux PC, avec des outils vieux de 10 ans, et des serveurs-rameurs qui ne connaissaient pas le RAID, et une petite pièce sans fenêtres où il travaillait 15h /j avec une connexion internet intermittente limitée à superDico.com et le site corporate de sa boite et dont les managers avait décidé qu’il allait développer (tout seul hein) des applications pour le tout nouvel outil que la planète convoite : une puce intra cérébrale. Oui, c’est caricatural, enfin je ne grossis pas tant que ça le trait.

Parfois « techniquement impossible » veut VRAIMENT dire « techniquement impossible » et il faut vous y faire, ou changer la politique des « moyens généraux », des « autorisations réseau » (etc…)

  • Alors c’est l’histoire d’un gestionnaire ….

En conclusion. Non, la technique n’est pas d’une honteuse mauvaise foi, et n’a pas envie de rien faire, ni n’a pas forcement que des bras dans le plâtre : lorsqu’elle vous annonce qu’une chose est techniquement impossible, normalement, elle a des arguments, que vous avez le droit de demander mais que peut-être vous ne comprendrez pas ou que peut-être vous comprendrez mais refuserez parce que vous en avez marre que votre client insatisfait ne connaisse que les foudres de ZEUS pour s’adresser à vous.

Je ne saurais vous répondre qu’une chose : Faites-vous une raison avant que d’envoyer au bûcher la technique, se faire le relais de la torture n’est pas un mode de management qui tiens sur la durée et la qui peut compter sur la fidélité des gens, mais 1. Consultez-la plus souvent, parfois  elle permet d’anticiper ce genre de problématique et de vous fournir les arguments pour 2. Donnez les moyens de faire, en matière de ressources humaines et matérielles (et donc financières !) 3. Parfois invitez la technique et ses représentants les plus pertinents et les plus au fait de la situation à se joindre aux réunions ou réponses aux clients (même si parfois, le tekos qu’on invite c’est un glapion à qui il manque un œil et qui marche en boitant)

Sinon, ben, regardez un bon film, faites-vous faire un massage des pieds, ou commandez un gâteau au chocolat… ça détend.

Comments 1

  1. Une réflexion techniquement délicieuse sur le quotidien de ces chers équipes.

    Quelques stéréotypes tout de même qui de ne reflètent pas toujours la réalité même si ça trouve son sens dans les arguments cités.
    Néanmoins, je me permets d’apporter une nuance plus basé sur mon expérience pour reprendre le cas initial :

    « Que signifie :« C’est techniquement impossible » dans la bouche d’un service technique interne »

    -Soit on est dans un monde relativement efficace auquel cas ton analyse se tient.
    -Soit on est dans le monde d’une boite française classique avec des teks classiques :

    « Ont-ils les compétences »
    A priori non, et en règle général si on n’a pas déjà les compétences en internes c’est que on souhaite pas s’en soucier (un site oueb en ASP dans une DMZ avec un serveur d’auth…. beurk demander à OVH)
    En général le fameux ratio dédier à la veille techno il est aussi consacré à la veille de autoplus.fr, la ligue 1 et bien sûr, le sens même du service technique, la branlette unilatérale sur divers site sans rapport avec les SI.
    Par contre ces équipes-là use et abuse de « gentils » prestataire externes qui rendent compte à eux avant de rendre le rapport au DSI (on a beau être glandeur, on n’est pas con, on évite que notre incompétence se voit trop)

    – Les équipes sont-elles dispo ?

    Là il faut aussi se demander « ont-elles envient de se rendre disponible? ». Par là il faut se demander si déjà les teks ont été impliqués dans les processus de choix technologique ou autres, des réticences ont-elles été émises lors des choix finaux.
    Ya pas de secret, un DSI qui se pointe la bouche en fleur un Lundi matin et qui annonce à ses teks à la machine à café :
    – Bon ben voilà on nous livre les nouveaux serveurs ce matin, vous pouvez lancer le déploiement de Exchange.
    Là il à fait la bourde de sa vie ; non seulement il vient de claquer pas mal de thune sans même savoir « pourquoi un serveur trucmuche » mais surtout il à demander à aucun teks.
    Pas de chance, non seulement ils sont anti-krosoft, ils sont strictement incompétents sur ces systèmes et ne veulent surtout pas le devenir mais surtout ils ont été blessé de ne pas avoir été consulté en amont.
    Résultat ? 150K € dans des boites à l’entrée de la salle serveur, disponibilité de l’équipes techniques pour la mise en œuvre ? D’ici 2 à 3 ans (en réalité jamais).

    – Le budget est-il suffisant ?

    Ça c’est un cas plus difficile, entre le comptable prés de ses sous et les tek qui veulent un joli serveur rackable avec 4 quadri-cœur pour faire tourner un serveur FTP pour la numérisation locale…
    Mais il reste évident qu’il faut les moyens matériel ADEQUAT pour avoir la meilleure maitrise de son budget ce qui n’est pas une mince affaire et demande en général plusieurs expertise externe qui elle aussi coute du poyon.

    Le « Techniquement impossible » n’existant pas mis à part la limite de budget alloué, le techniquement possible est donc uniquement une affaire humaine faites d’égo et de sensibilité et le spécialiste réseau MCSE qui fait le café étant un animal à part les manager ont du pain sur la planche :)

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