Les 10 avis les plus nuls qu’on puisse vous donner dans votre carrière professionnelle.

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C’est bien connu, les conseilleurs ne sont pas bon payeurs. Mais on ne réalise pas toujours pourquoi. Voici un petit florilège des conseils faciles que j’ai (et quelques un.e.s de mes collaborateurs.trices ont) rencontrés. Je précise en préambule que l’intégralité des phrases présentées ici sont authentiques.

1. Arrête d’écrire des mails, privilégie l’humain.

L’opposé de parler à l’écrit (les mails) c’est parler, oralement ? Et le mail ça empêche vraiment l’humain ? Mais que faisait Victor Hugo alors ???
C’est bien connu, les paroles s’envolent alors que les écrits restent. A moins que vous souhaitiez travailler dans un cadre de mauvaise foi et que vous maîtrisiez (et aimiez) tirer sur les ficelles de la politique et malheureusement, du mensonge, le mail reste l’outil, un peu magique, pour obtenir qu’une personne assume son propos et évite d’être de mauvaise foi : du coup, être plus « dans l’humain » oui, mais par oral comme par écrit. Quant à privilégier l’un ou l’autre, c’est une question de temps et d’impact. Si vous êtes pressé et que les impacts de vos paroles ne vous intéressent pas, alors privilégiez l’oral, mais si vous souhaitez vous inscrire dans une trajectoire pérenne et solide, le mail est un bon outil pour engager les personnes. Sur le long terme, elles vous remercieront de cette bonne habitude plutôt que de vous casser les pieds avec.

2. Tu devrais t’arrêter pour faire des enfants.*

(Oui j’ai bien dit toutes, parfaitement, authentiques) Partir du principe que tous le monde rentre dans le même moule préconçu provoque parfois des conflits. Si vous souhaitez que quelqu’un s’arrête de travailler, dites lui, directement, mais avec un argument, pas une « norme sociale » a fortiori si elle est limitante ; par exemple, optez pour recommander du repos car vous pensez que la personne est fatiguée.
Ne recommandez pas d’aller construire un humain comme un devoir de ralentissement de la carrière (et cela vaut pour les hommes, comme pour les femmes) soyez plutôt sincère, cela évitera la naissance d’un petit enfant, qui ne sera pas arrivé au monde pour les bonnes raisons. Et puis, recommander à quelqu’un de se servir de ses organes reproducteurs, ce n’est pas un peu franchir la barrière de l’espace personnel de manière trop flagrante ?
Ainsi lorsqu’on vous donne ce conseil, remettez le conseilleur à sa place, celle de son intégrité corporelle, personnelle.

3. Vous n’avez pas besoin d’être parfaite… (suivi d’un …vous ne faites pas de la politique)

D’abord cette phrase est souvent lancée dans un contexte où la personne qui donne ce conseil n’a aucune idée de la charge de travail de la personne à laquelle elle s’adresse. La recherche de perfection n’est que l’envie de faire bien dans un cadre où il est devenu particulièrement difficile de le faire.
Cette phrase est donc, un attrape-nigaud.e.s ; tout comme « vous n’avez pas BESOIN de donner des conseils » (mais vous le faites quand-même) ou ‘vous n’avez pas besoin d’un AïePhone, votre portefeuille non plus’ (et pourtant vous en avez acheté un). Bon on ne s’attardera pas trop sur le « vous ne faites pas de politique » comme si c’était l’exclusivité d’une partie de la population que de pouvoir en faire (dans un univers de démocratie, ça fait tâche…). Dans tous les cas, éviter de définir le besoin de l’autre est une bonne façon d’éviter de donner des conseils faciles, maladroits et finalement, qui ne servent pas à la personne à qui vous donnez les conseils.

4. Arrêtez d’apporter des problèmes, apportez plutôt des solutions !!!

Apporter des solutions toutes faites, comporte un risque majeur, c’est que celles-ci ne soient pas les bonnes. Apporter des solutions ne permet pas de se pencher sur les problèmes, de bien les comprendre, de les adresser, de pouvoir vraiment réfléchir à des solutions à plusieurs. Apporter des problèmes c’est aussi montrer qu’ils existent et qu’on peut les adresser, mais surtout qu’on ne les comprend pas forcement totalement. Avec le temps j’ai appris le compromis. Apporter un problème, proposer des solutions, et proposer de choisir parmi les solutions, ce qui permet de montrer qu’on a bien essayer de trouver des solutions, mais finalement qu’aucune n’est facile.

Je profite de ce passage pour vous partager une petite expérience.
Lorsqu’une personne perd un membre, jambe, bras, ce membre fantome, peut provoquer de la douleur. Les deux solutions auxquelles on pourrait penser au premier abord pour résoudre seraient : les antalgiques, ou faire une simulation 3D, ou greffer un nouveau membre. Vs Ramachandran a découvert une façon simple de régler le problème. Mais pour cela, il fallait qu’il comprenne parfaitement bien le processus qu’utilise le cerveau pour provoquer de la douleur dans le membre en question et ainsi, il a trouvé une solution simple et peu couteuse pour se faire : une mirror Box.
Je vous laisse explorer cela avec ce lien.
3 clues to understand your brain

5. Le client a toujours raison accolé à Le client est roi

Si le client avait toujours raison pourquoi ferait-il appel d’autres sociétés pour de la prestation ? S’il a raison, il sait faire, tout, tout seul. Faire appel à des sociétés de services ne démontre qu’une chose c’est qu’on a du bon sens, mais certainement pas le monopole de la raison. Un client peut avoir tort, et on peut l’aider à progresser vers la raison (ceci évidemment avec délicatesse). Et il peut avoir raison de temps en temps. Cela ne veut pas dire que l’esprit critique doit s’endormir lamentablement dans une servilité malsaine. Le client a souvent/parfois raison, mais certainement pas « toujours », car « avoir raison ne répare pas la plomberie ».
Cette position de soumission spontanée au client est aussi contre-productive, car lorsqu’elle commence, on ne sait jamais quand elle finit. Et parfois au grand dam de l’intérêt du client ; à force de plier à ses desiderata, on passe à coté de l’occasion de le faire progresser. Heureusement, les clients ne sont pas tous des bourreaux cruels et sadiques qui veulent torturer les consultants qu’on leur présente, ils apprécient pour la plupart, une remarque pertinente pourvue qu’elle ne soit pas formulée pour blesser, qu’elle ne soit pas une attaque personnelle, et qu’elle soit argumentée dans le sens de leur intérêt.

6. Enlève tes piercings pour un entretien d’embauche.

Ce conseil est probablement parmi les pires comme « attache tes cheveux » ou « mets un cravate » ou pire encore : « mets une jupe ». Il montre que se présenter sous son propre jour est complètement hors de propos, comme si… comme si en fait c’était quelqu’un d’autre qui allait bosser. D’abord cela ne sert à rien, car cela va demander à ce que vous gardiez ce look au travail (et dans le durée… ce qui n’est pas forcement facile) ou cela va faire découvrir progressivement qui vous êtes, car vous n’allez pas indéfiniment vous « cacher », ce qui peut rompre la confiance : on vous prendra, de facto, pour quelqu’un de menteur, même si c’était au départ pour rentrer dans une norme. Si un employeur voit un problème à ce que vous portiez un piercing (alors même que vous n’êtes pas mannequin -et encore-) c’est qu’il accorde plus d’importance à votre apparence qu’à votre contenu cérébral. Et puis, avant de présupposer que cela dérange, soyez-vous même, et discutez-en avec l’employeur.

7. Découpe ton travail en micro-tâches pour les déléguer

Cette remarque créé un clivage social dans l’entreprise, qui vise à reproduire des inégalités sociales bien au delà du salaire : elle présuppose que certaines personnes, doivent et peuvent faire certaines tâches, et d’autres pas. C’est le conseil qui veut dire qu’il existerait des postes de travail qui consisteraient à ne faire que des micro-tâches répétitives en exécution pure ; provoquant une perte totale de contrôle sur l’activité et comment l’améliorer. Cette vision Fordienne du travail amène beaucoup de frustration (et en général un fort turn over) mais rend aussi dépendant de l’action d’une personne faisant un travail qui ne l’épanouit pas. Ca sent la recette du succès ça ? Non ?! C’est normal…

8. Ne prend pas tes échecs personnellement.

Alors si c’est votre échec à vous, vous n’êtes en effet pas obligé d’en faire un drame, mais vous pouvez le prendre personnellement. Non pas pour des raisons de responsabilités (quoi que cela ne soit pas totalement une option), mais pour des raisons de pouvoir agir sur le changement. En effet, on ne peut pas changer des gens contre leur gré, SAUF, si elles savent qu’elles sont, en partie, responsables de leur échec. Une bonne façon de désengager et de déresponsabiliser une personne, voire de l’isoler dans de la médiocrité, est précisément de lui dire qu’elle ne doit pas prendre à cœur sa propre amélioration personnelle…

9. Tu es trop ambitieuse, réduis un peu tes ambitions

Ce conseil est certainement le plus dévastateur, il dit combien la personne vous méprise, et combien elle pense que vous n’avez pas les moyens de réaliser vos ambitions. Conseiller à quelqu’un d’y aller progressivement, de prendre son temps pour atteindre ses objectifs, d’être patient et pugnace, pourquoi pas, mais de baisser ses ambitions, c’est bien le conseil du grand envers le petit qu’on ne veut pas voir grandir et réussir. La prochaine fois qu’on vous dit que vous êtes trop ambitieux.se, posez la question du « pourquoi », et demandez à l’autre d’argumenter.

10. Les gens ne comprendront jamais la facilitation graphique [ou entrez l’activité de votre choix]

… ou encore « Non mais de la vidéo ?? sur internet ??!!! ça ne marchera jamais » (2 ans avant Youtube). On peut aussi y ajouter le « mais c’est pas comme ça qu’on fait ! » ou « on a toujours fait comme ça… ». On oublie souvent la vertu de l’imagination et de l’originalité pour apporter de la nouveauté. Les plus grands écrivains de science fiction ont inspirés de nombreuses innovations. Prétendre qu’une chose ne va pas marcher, parce que, c’est plus simple d’imaginer un monde sans progrès, est le plus sûr moyen d’essayer simplement, et bêtement, de vous décourager. Bouchez-vous les oreilles et lancez vous ! il existe assez de plateforme de kick start comme cela pour vous permettre de donner la preuve que le concept fonctionne, ou pour vous montrer que ça ne collera pas le cas échéant, mais les conseils faciles du genre « te fatigue pas, ça prendra pas » ne sont que contre-productifs.

Si le sujet vous intéresse vous pouvez aller lire :

Et vous, c’est quoi le pire avis professionnel qu’on vous ait donné ?

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