La mise en concurrence ou le paradoxe du choix

Je mange sans Gluten. Ce n’est pas totalement un choix. La brioche, la pizza, les hamburgers, les sandwichs, les pâtes (…) me manquent terriblement et je ne peux pas dire que chocolatines (ou les pains au chocolat pour les ayatollahs du genre et ils sont incroyablement nombreux !!) ne me font pas régulièrement de l’œil dans la salle à café (les chocolatines, vous suivez ?) avec tout ces départs en mission de consultants…

Il est toutefois indéniable que d’avoir changé mon mode d’alimentation (en raison d’une intolérance) a réduit largement le champ de mes possibilités alimentaires (dans un premier temps) mais avec le temps, je peux dire, que cela m’a allégé la vie. Voire que cela m’a rendue heureuse.

Vous me demanderez :

« Mais comment tu peux dire que ta vie est mieux ? Tu dois passer ton temps à lire des étiquettes partout pour découvrir régulièrement que tes choix sont très limités ? »

ainsi que :

« Et bowdel, comment tu peux dire que tu es heureuse alors que tu ne manges plus de pizza ???? »

Pizza(1)*

Je répondrais que vous avez tort.
Déjà parce que les pizzas sans gluten, c’est possible.
Ensuite parce qu’en limitant mes choix alimentaires ce régime m’a apporté une prise de décision plus facile, plus rapide, moins encombrée par la crainte du « bon choix » et m’a permis de me consacrer à faire finalement moins de choix, mais, finalement, les plus sereins.

Comme le dis si bien Barry Shwartz :

Plus les gens ont de choix, plus ils sont libres, et plus ils sont libres, plus ils ont de bien-être. Ceci est tellement intégré dans la pensée que personne ne penserait à le remettre en cause. C’est profondément intégré à nos vies. (…) Cet incroyable liberté de choix (…) nous impose de choisir encore et encore et encore(…).[… Si nous devons choisir telle ou telle société (comme me le demandait un candidat l’autre jour), Si nous allons manger là où là ou encore là ou là, vers quelle destination devons nous partir en vacances ? Devons-nous prendre telle ou telle marque de lessive, ou regarder telle ou telle série ? ça vous rappelle quelque chose ?]

Toute cette profusion de choix a des effets négatifs sur les gens : Le premier, paradoxalement, c’est la paralysie, plutôt que la libération. Avec autant de choix, les gens trouvent difficile de choisir. (…) Mais aussi, si on arrive à surmonter la paralysie et à choisir, nous sommes finalement plus insatisfaits que si nous avions moins de choix. (…) les alternatives imaginées nous font regretter notre décision, et le regret se soustrait à notre satisfaction, même si nous avions pris la bonne décision. Plus il y a de choix, plus il est facile de regretter les aspects décevants de notre choix. En effet comme il site un autre talker (Dan Gilbert) « la valeur que nous donnons aux choses dépend de ce à quoi on les compare. » (…) Si il y a de nombreuses alternatives, il est facile d’imaginer les bons côtés des possibilités que nous avons rejetées et de nous rendre moins satisfaits des alternatives que nous avons choisies.

Je m’arrête là pour la citation, je vous invite à regarder son Tedtalk disponible à la fin de ce post ou à lire son livre sur le sujet si cela vous intéresse.

Mais j’aimerais qu’on prenne une minute pour réfléchir au milieu de l’IT et de ses mises en concurrence perpétuelles de prestataires.
Notez bien que je ne me plains pas, ces mise en concurrences n’existeraient pas, je n’aurais pas de travail.

Mais la profusion de ces mises en concurrences sur le marché n’amènerait-t-elle finalement pas plus de frustration et de paralysie chez nos clients que de satisfaction dans le fait d’avoir eu le choix ?

Ceux-ci ne sont-ils pas un peu trop sollicités par des vagues de marketing licorne-Paillette-qui-vend-du-rêve-avec-du-bulshitbingo dans les propositions, au point de les priver de faire finalement le meilleur choix ? Prennent-ils vraiment leur décisions rapidement lorsqu’ils ont 10-15 prestataires à évaluer ?
« Oui mais faut bien se distinguer »
En effet, mais un des critères de go-NoGo en avant-vente d’un projet, devrait déjà être : le nombre de sociétés qui se présentent pour répondre. Plus il y a de sociétés, plus on devrait pencher en faveur du NoGO c’est une évidence.
Bien sûr, le client ne veut pas toujours le communiquer, ce nombre, en ce cas, il conviendrait là aussi de spontanément, décliner de présenter sa candidature.
Soit pour s’éviter de gaspiller de l’énergie en vain en avant-vente soit, dans le pire des cas, pour ne pas envoyer des consultants dans une mission où le client serait, de fait, insatisfait car en son for intérieur, il penserait qu’il aurait pu avoir mieux ?

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On ne compte pas le nombre de missions qui émergent pour demander à des ESN de faire des comparatifs d’outils tant la profusion des solutions disponibles sur le marché n’a créé que confusion et crainte de l’erreur.
Et on ne compte pas le nombre d’ESN que ça n’intéresse pas, parce que personne n’aime devoir faire des comparatifs. C’est relou, c’est long, et l’épanouissement qu’on obtient dans ce genre de mission ne s’inscrit plus au tableau des consultants experts comme une étape indispensable dans la roadmap d’une belle carrière (enfin sauf si on est un poil masochiste).

Et si la solution ça serait plutôt de tisser une relation de proximité avec le client, lui permettant ainsi de se former un cercle restreint de prestataires ou de solutions techniques à choisir, dans un partenariat sain qui permettrait plus de satisfaction mutuelle.
Moins de papier d’alu, plus de chocolat.
Et si on rendait du coup sa dimension humaine aux métiers du commerce ?

Je rêve, hein, je sais…

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*(1) Photos prisent par moi, libre de droit, j’attends vos posts sur 9gag dès demain matin.

Le Ted Talk : « Barry Schwartz » sur le paradoxe du choix.

Comments 1

  1. « Et si la solution ça serait plutôt de tisser une relation de proximité avec le client, lui permettant ainsi de se former un cercle restreint de prestataires ou de solutions techniques à choisir, dans un partenariat sain qui permettrait plus de satisfaction mutuelle. »

    C’est ce qui se passe fréquemment pour le public sur les appels d’offre : une tendance à privilégier une relation qui fonctionne bien, et ce, même si la prestation proposée semble moins reluisante que celle d’un autre prestataire putatif, parce qu’on sait que ce qui est annoncé sera réalisé. 🙂

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