La méthode du Fifrage.

joueur de flute
Le fifre est une petite flûte traversière qui était utilisée lors des fêtes païennes. Elle s’accompagnait souvent d’un tambour et d’un danseur, et annonçait qu’on allait faire bruler un monsieur de paille.
Ce petit préambule bucolique et historique est mon entrée en matière pour parler de chiffrage : car tout comme un fifre agrémente une fête populaire, le chiffrage d’une tâche, d’un projet même, s’il est indispensable à la fête reste souvent aux yeux de tous un peu de la flûte.

En même temps, quelque part qui peut se prévaloir ou dire de quoi le futur sera vraiment fait ? Qui peut prévoir que le projet se déroulera dans un absolu calme, ou une absolu débandade ? qui peut vraiment anticiper tous les problèmes qui vont survenir ?
A part Madame Irma, la vraie, celle qui lit dans l’avenir des présidents et leur promet quelques années de poursuites judiciaires… en fait, réellement, personne…

Bon y’a des petits malins qui se posent quand même comme experts dans la matière et se sont posée des questions du genre :
Et si on chiffrait en unités d’oeuvre ou en jours hommes ? ou encore et si on faisait un calcul mathématique savant comme la méthode des trois points ? Ou encore et si on macro-micro-nano-giga-chiffrait ? ou encore ceux qui après forces années de recherche ont conclus que non, y’a pas de chiffrage « juste » : soit on marge soit on fait du dépassement et puis c’est tout et marche ou crève, voire espère des lendemain meilleurs, voire espère des ressources hyper compétentes voire persuade toi que le stagiaire est un mythe…

Mais bon, comme on va pas cesser de nous demander de réaliser des projets au forfait, que la sexy compta analytique des boites, les superbes directions des achats et leur fabuleux contrôleurs de gestion dansent comme les Lakers girls dans l’attente de nos propositions financières, on va donc pas cesser de devoir se livrer à cet exercice de style.
Donc, encore aujourd’hui de nombreux débats sont souvent lancés sur le sujet en oubliant de prendre en considérations de nombreux paramètres. Commençons.

  • L’unité d’oeuvre c’est quoi ?

Je prend souvent l’exemple de la cuisine pour expliquer. Pour faire un gateau il te faut, des instruments, des ingrédients, des matériaux.

Pour faire une recette on te dit souvent ’40 min de preparation’ ; alors que bon, en réalité, il te faut à la fois le temps de faire les courses et celui de la vaisselle en plus…

L’unité d’oeuvre c’est fait pour ça (!) pour 30 min de préparation, y’a 40 min de cuisson, 20 min de courses et 15 min de vaisselle.. il en va de même pour faire un projet, et tu mettras pas le même temps pour créer une nouvelle recette de gâteau que pour en suivre une [CQFD]

  • Y’a UO et UO.

Le grand classique d’unités d’oeuvre consiste à opter par « niveau de complexité » plutôt que part « type de métiers » ou « type de tâches ».
– ouais Genre ???
– genre… UO simple, moyenne ou complexe sont souvent ce qu’on retrouve… la complexité étant définie par ???? hmmmm ?

Heureusement il existe aussi des unités d’oeuvre plus « fonctionnelles » comme par exemple : UO paramétrage, UO développement, UO intégration…
Donc déjà, faut se poser la question de « est-ce que pour faire de l’ergonomie ou pour faire du développement spécifique j’ai besoin du même pourcentage de recette ? » ça aide bien à savoir quels types d’UOs sont vraiment efficaces… Je vous laisse juger par vous même et par la pratique (et réagir hein, y’a une zone de commentaire en dessous)

  • Moi je préfère chiffrer en J/H

Le débat est pas là, je me doute bien que tu gardes le principes des proportionnalités de tâches et tout le toutim comme ta recette de cuisine même en J/h, mais bon c’est pas une question de « préférence » mais plutôt de… situations.
Lorsqu’on est intégrateur, la réponse n’est pas si dure à donner : Quand on fait un tout petit projet parce que le client a un très petit budget (allo ! Non mais allo les tarifs du marché quoi !) on va plutôt opter pour le chiffrage en jours-homme,

l’unité d’oeuvre c’est la ceinture de sécurité des grands projets

(ça protège de quelques accidents dirons-nous, mais ça fait pas airbag…) et puis l’unité d’oeuvre elle sert quand beaucoup de tâches différentes sont identifiées, sur un petit projet on peut se dire que chaque étape va prendre, peu de temps, pas beaucoup de gestion de projet, pas beaucoup de recette… voire qu’il y aura pas tellement de tâche différentes.
– Mais pourquoi ?
– Je vois que toi aussi (comme un enfant de 3 ans et 1/2 tu es dans ta période des « pourquoi » et c’est merveilleux d’être curieux alors je vais te répondre :

Déjà
Si tu vends une solution, tu risques d’avoir un coût de licence, qui doit rentrer « dans » le budget globale (dans les clous quoi), tu auras aussi peut-être du graphisme, de l’ergonomie, du consulting en plus de la simple réalisation.
=> Donc dans un premier cas déjà, ce qui reste de l’enveloppe, après avoir enlevé la partie peinture et la partie souscription (pour simplifier), c’est finalement beaucoup de paramétrage et le moins de développement possible (!) Donc le moins de variété de tâches nécessaire possible.
Aussi
Si tu as un petit projet à faire, finalement tu sais que tu vas pas passer énormément de temps sur chaque éléments : pour 10j d’ergonomie t’as vraiment besoin de 2,5j de gestion de projet ? peut-être juste de 1 entier dirons-nous. Tu peux donc pas appliquer de manière drastique et sectariste des pourcentage de tâches relatives et périphériques…
=> Tu vas donc le faire à la technique du doigt mouillé, qui est bien entendue la méthode de l’expérience.
Enfin
La négociation (t’y coupera pas), elle, ne risque pas de se faire sur des fonctionnalités à part entière à retirer ou à dé-prioriser pour un autre lot (comme sur un gros projet), donc quelque part, tu vas plutôt moduler à quelques jours par-ci par-là selon que tu es optimiste ou pessimiste… Donc j/h ! Et pour tous le reste il y le chiffrage en UO.

  • Les 3 frères.

On parle souvent de la méthode des 3 points : on fait 3 chiffrages (oui oui ça correspond bien à 2,5 fois le temps de faire un seul chiffrage) : 1 optimiste 1 pessimiste 1 moyen et on fait un savant calcule mathématique pour en déduire un chiffrage prenant en compte les 3 scénarios en suivant une formule mathématique très très puissante qu’on peut même trouver sur Wikipedia.
Là c’est plus de la prédiction astronomique, mais on peut toujours bien sûr se demander si on fait décoller des fusées à cap canaveral ou si on fait des projets web. Là dessus, je vous laisse seul juges…
Si vous voulez vous pouvez le faire avec votre macro excell mais vous pouvez aussi le faire par un process (on passe par 3 personnes, mais l’histoire est souvent la même : le chef de projet chiffre en mode « panique à bord ceinture bretelle et airbag », le Directeur de Business Unit/de projet ou l’avant-ventiste chiffrent en mode « un minimum de sécurité », et le commercial ira le vendre en mode « c’est bon free style » (ha le monde merveilleux de la concurrences…) et… aucun des trois n’aura eu tort. Pourquoi ? Parce que le débat est peut-être pas là.

  • Le bruit et l’odeur.

Autour d’un projet il y a des éléments parasites qui peuvent soit ralentir le projet soit l’accélérer. Comme l’utilisation d’une AMOA qui peut s’avérer une très bonne ou une très mauvaise idée selon le degré de maturité et l’expérience du Chef de projet en charge de représenter le client.
Là tout est question de perception : de la maîtrise des décisions (liberté de prise de décision ou lenteur des process d’approbation), de la compétence métier (périmètre des éléments métier client connus et sus), du degré de compétences des équipes techniques voire de la composition de l’équipe…
Autant de paramètres qui sont difficiles à mettre dans une équation mathématique si éprouvée soit-elle.
Le truc à comprendre c’est « si un projet pu » faut quand même prévoir un peu de sécurité, parce que oui, on sait tous que ça pu mais on y va quand même (c’est d’ailleurs ce qui nous distingue des américains : on apprécie le fromage) et que si y’a beaucoup d’intervenants des profils très disparates il faut aussi prendre en compte ces éléments avec bon sens.

  • En conclusion :

Le bon sens ET la communication (voire la remise en question, aussi) sont les meilleurs amis d’un « bon » (ou disons « pas trop catastrophique ») chiffrage.
Maintenant à vous de montrer que c’est pas du pipot, et que vous êtes un excellent joueur de flûte traversière et que vous méritez qu’on ne vous brûle pas en place publique.

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