Dogmatisme et progrès.

 Une société, quoi qu’on dise, c’est un ensemble de dogmes.

« On ne met pas en production le vendredi », « On ne donne pas à des opérationnels bas niveaux d’accès à des informations stratégiques ou critiques » (oui, je suis un peu sur PCI DSS en ce moment, forcement, ça se ressent) « On met toujours en recette avant de mettre en production »,« On ne prospecte pas à la place du marketing », « On fait un Compte rendu de réunion systématiquement », « On fait progresser les employés à l’ancienneté » … (etc…)

Ce sont un peu les dix commandements qui font de la société un ensemble organisé, hiérarchisé, cléricalisé, avec ses objecteurs de consciences et ses chercheurs théologiens : le respect de ces règles initiales, permet une cohésion, et tout s’organise autour de ces quelques règles simples, et compréhensibles par tous (mais pas toujours justifiées, ou toujours nécessaires), c’est ce qu’on appelle quelque part, le contrat « moral » avec sa société.

«  On enregistre les opérations comptable sur le mois suivant passé le 26 du mois », « On n’envoie pas de mail lorsqu’on veut savoir un truc : on décroche son téléphone, ou on se déplace, sauf si la personne est absente, en ce cas on lui laisse un post-it ou un message répondeur » « On range tout sur 3 niveaux » « On en donne jamais de promotion à un nouvel arrivant »

Ces règles sont parfois explicites, normées, procédurées, elles restent quand même particulièrement implicites, et issues d’une tradition orale pour la plupart du temps. Il convient donc de les identifier, d’être capable de les formuler, de les comprendre et de les notifier quelque part, car elles conditionnent des comportements métiers et opérationnels.

– Celui qui contourne, ignore, ou refuse ces commandements est un paria, ou un audacieux, un impie hérétique, qui n’adhère pas au sacro-saint-esprit d’entreprise (alors que tout simplement, il peut penser que c’est ridicule de croire ce qu’on ne voit pas).

– Celui qui suit particulièrement la norme édictée est un pieux pilier de la société, grenouille au bénitier de cette cathédrale humaine, qui connait ses prières par cœur et pratique la foi en toutes circonstances (alors qu’il ne sait peut-être pas que ces règles ne s’appliquent plus aux évolutions du métier)

Et celui qui pratique la règle comme une vertu vient avec des arguments tels que « c’est historique » ou « on a toujours fait comme ça » alors que celui qui remet en cause ces dogmes doit venir avec de solides arguments financiers, commerciaux, méthodologiques…

Résultat, l’équilibre d’une société se base parfois plus souvent sur de la thaumaturgie que sur des faits concrets et réels, ce qui ne peut garantir que la société continuera à se conjuguer au futur ou à progresser, même si l’historique prouve simplement tout le contraire. C’est un peu du chamanisme, pour l’instant : avec des prières, on se soigne bien, seulement, on ne sait pas identifier ce qu’on ne soigne pas, et comment on soigne.

 D’abord, rappelez-vous que les objectifs de ces règles sont de garantir le bon fonctionnement de l’entreprise. Si ces règles commencent à perturber le fonctionnement, à le ralentir tout en n’aidant pas à la fiabilisation des tâche, ou à la possibilité de rapporter plus d’argent tout en améliorant les conditions de travail, elles sont profondément à remettre en cause. (exemple : « on imprime tout les mails » impact écologique, perte de temps, consommation de matériel, et pas de réelle utilité, « On fait progresser à l’ancienneté» risque de faire progresser des profils non assez compétents, et de perte de motivation et de productivité de gens compétents, « On ne bloque pas les accès aux commerciaux » risque fort de départ du commercial avec le portefeuille client, et accès à des données de facturations, ou financières, …)  

Ensuite ces règles doivent suivre (ou surgir de) la stratégie de l’entreprise, et se coller à celle-ci, si elle vient à changer, faire changer progressivement les mentalités doit survenir assez vite (exemple : « On ne fait pas de prospection », si on lance un nouveau produit,  la stratégie consiste à devenir proactif et non seulement réactif, « On ne fait pas de mail de CR » résultat chacun travail de son coté, sans objectifs fixés et écrits auquel se référer, « On prend des décisions orales » on s’oblige à fonctionner sur la mémoire, de ce qu’on a compris de la décision, ce qui est un facteur multiplicateur d’erreurs) aucune règle ne doit rester dans la routine d’entreprise si elle perturbe le maintien en conditions opérationnelles ou financières (ou s’il perturbe la sécurité même des informations et des systèmes)  

Enfin, elles doivent être explicitées, justifiées,  aucune règle ne doit être considérée comme une règle si elle ne peut être justifiée par un « métier » (exemple : « Je trouve ça relou », pas de sentimentalité, « Je trouve ça relou, ça me pourri mon travail, ou ça me fait planter mon pc », « Hou là là, faut pas procéder comme ça avec telle division » pourquoi ? Comment ? Quels sont les impacts ? Sont-il contournables ?  « Non mais t’as qu’à demander à machin » est-ce le/la référent(e) identifié(e) comme responsable ? Prend-t-il/elle des décisions ? Et ainsi de suite… )

Les dogmes sont toujours fait pour être remis en cause tôt ou tard, une société est un navire, les dogmes sont des points d’ancrage desquels il faut être capable de se détacher si nécessaire, ça impose parfois des changements et des adaptations, ça s’appelle le progrès.

Comments 1

  1. Le progrès, vaste sujet….

    Pour être en mesure de faire progresser son entreprise, encore faut-il comprendre d’où viennent les règles édictées et le pourquoi de leur mise en place.

    Sans aller jusqu’à l’emploi du terme « paria », on croise encore beaucoup trop de personnes qui pensent avoir tout compris, qui pensent pouvoir tout remettre en cause et cela prete vraiment à sourire.

    La précipitation est l’ennemie du progrès

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